Pour mes 50 ans, en plein confinement, mon frère aîné m’a offert une tasse. Il avait choisi un modèle orné d’un lion à la crinière fleurie, persuadé que j’étais du signe du Lion. La plaisanterie m’avait bien fait rire , car je suis Taureau !
Par contre, ce lion a très vite représenté pour moi un symbole de combat, une énergie de lutte : C’était l’époque où je venais de subir ma première intervention chirurgicale pour éliminer une tumeur révélée par les examens préventifs réalisés un peu plus tôt cette année là.
J’ai bien utilisé cette tasse, jusqu’au moment où elle a commencé à fuir ! Elle n’était pourtant pas cassée, alors j’ai décidé de la conserver avec un tout autre usage. C’est ainsi qu’elle a trouvé sa place dans mon atelier, où elle servait de pot à stylos. C’est là qu’elle m’a accompagnée durant toutes ces années, contenant les feutres avec lesquels je dessine la neurographie et dans mon Journal créatif®.
Depuis le temps a passé : en janvier, j’ai terminé le traitement d’hormonothérapie et mon dernier rendez-vous avec l’oncologue est fixé au 15 avril prochain.
Pour marquer la fin de cette période de ma vie, j’ai décidé de réparer cette tasse selon la technique du Kintsugi. Et c’est là que des synchronicités incroyables se sont révélées !
1- Je n’avais pas vraiment fait attention à la localisation précise de l’atelier lorsque j’ai réservé l’atelier. Ce n’est qu’en arrivant sur place, que j’ai réalisé où je me trouvais : à deux pas du Panthéon, dans le même quartier que l’Institut Curie où j’ai été soignée. Le symbole m’a frappée. Venir réparer ici, si près du lieu de mes traitements, cet objet qui m’a accompagné lors de ce combat, prenait une résonance particulière.
2- Avant de partir de chez moi, j’avais soigneusement enveloppé la tasse dans du papier bulle. À ce moment-là, elle était entière. Elle fuyait toujours, certes, mais sa structure était intacte. Pourtant, lorsque je suis arrivée à l’atelier et que j’ai défait l’emballage, la tasse s’était brisée en deux morceaux nets durant le transport.
Le processus de réparation pouvait commencer. J’ai assemblé les tessons, appliqué la résine, maintenu la pression et attendu que la prise se fasse.
Puis, après un travail de « nettoyage », j’ai pu appliquer la poudre dorée sur la jointure. La tasse a alors retrouvé son unité.
Elle n’est plus cet objet qui fuyait et qui servait de pot à crayons, ni cet objet brisé dans le papier bulle. Elle est maintenant réparée, marquée par cette ligne dorée qui souligne sa cassure récente et son histoire ancienne. Ce geste de réparation, accompli ici, près de l’Institut Curie, alors que je m’apprête à clore mon suivi oncologique, agit comme une validation concrète. La vie continue, avec ses cassures imprévues et ses réparations possibles. Je repars avec ma tasse, elle va retrouver sa place sur mon bureau, dans mon espace de création, avec mes stylos de toutes les couleurs. Elle me donnera l’occasion de me souvenir que la brisure fait partie du chemin, au même titre que le combat du lion ou la patience du taureau.