Tout récemment, j’étais dans un taxi, en route pour un rendez-vous à Paris.
On passe place de l’Étoile et je dis au chauffeur que je n’ai encore jamais visité l’Arc de Triomphe. Je lui demande s’il l’a déjà visité, lui.
Il me répond que non. Puis il ajoute que certains de ses clients, oui.
Un peu plus tard, alors que la Tour Eiffel apparaît, il me dit qu’il l’a visitée.
Il commence à me raconter son expérience : beaucoup d’attente, pour finalement ne pas voir grand-chose, selon lui.
Et au milieu de son récit, il lâche cette phrase.
Toute simple. Presque anodine. Et pourtant.
« On ne voit pas la beauté des monuments quand on les visite. On ne la voit que de l’extérieur, pas de l’intérieur. »
Cette phrase est simple, oui.
Mais d’une profondeur immense.
Elle m’a immédiatement renvoyée à ce que j’ai vécu lors de ma reconversion, après le cancer.
À ce que je traverse encore aujourd’hui dans mon propre cheminement intérieur.
À ce que je ressens dans mes conversations avec Annette, guide des clés génétiques (Il faut absolument que je partage cela aussi).
Et surtout, à ce que je vis dans l’accompagnement des femmes que je reçois en art-thérapie, parfois longtemps après une épreuve de vie, un deuil, une maladie, une période de bascule.
Dans ce taxi, j’ai vécu un de ces moments précieux.
J’étais captive du temps, du mouvement, de cet espace fermé.
J’aurais pu me réfugier dans ma bulle, scroller, m’isoler.
Mais j’ai choisi de rester ouverte. D’échanger. De contempler.
Et ce que cette conversation m’a renvoyé a été… juste OUF.
Sans le savoir, ce chauffeur de taxi a joué pour moi le rôle que je joue auprès des femmes que j’accompagne.
Parce que j’étais disponible, il m’a permis de m’arrêter.
De regarder autrement.
De prendre conscience à quel point il est parfois difficile, surtout après une épreuve de vie comme le cancer ou le deuil, de percevoir sa propre beauté intérieure.
Et pourtant, il existe des chemins pour cela.
Quand on écrit dans un Journal créatif®, quand on dessine, quand on crée sans chercher à produire quelque chose de “beau” ou de “réussi”.
Quand on laisse une question nous traverser sans vouloir y répondre trop vite.
C’est là que quelque chose se révèle.
La créativité devient alors un espace de reconnexion à soi.
On touche ses ressources.
On perçoit des possibles.
On sent une lumière intérieure qui n’attendait qu’un cadre pour apparaître.
Tout est déjà là. Il ne s’agit pas de réparer, mais de reconnaître.
C’est exactement cela que je cherche à faire émerger dans mon accompagnement en art-thérapie.
Que chaque femme puisse percevoir par elle-même ce qui l’habite.
Qu’elle s’appuie sur ses ressources pour avancer dans sa vie, après un cancer, un deuil, une reconversion, ou toute autre épreuve de vie.
Qu’elle apprenne à aimer sa vie d’abord, depuis l’intérieur.
Et qu’ensuite, naturellement, son rayonnement puisse toucher les autres.
Cette conversation de taxi m’a rappelé quelque chose d’essentiel.
Accompagner, ce n’est pas expliquer, ni diriger, ni faire à la place.
C’est créer un espace.
Un espace suffisamment sécurisant et vivant pour que l’autre puisse voir par lui-même.
Sentir par lui-même.
Reconnaître ce qui est là, en lui, pour avancer à sa façon.
Mais pour que cela soit possible, il faut une chose essentielle : se rendre disponible.
Se choisir.
Laisser de côté, parfois, la to-do list interminable que l’on empile pour se rassurer.
S’autoriser trente minutes, une heure, pour soi.
Cette conversation m’a rappelé à cela.
En ce moment, je travaille sur un programme d’art-thérapie et de Journal créatif® destiné aux femmes qui traversent une épreuve de vie.
Et moi aussi, comme beaucoup, je peux oublier de m’accorder ce temps de contemplation, de recul, de respiration.
J’espère garder longtemps en mémoire cette simple conversation de taxi.
Pour ne pas oublier que l’accompagnement commence toujours par là.
Par la présence.
À soi.